Une branche de plus pour la version rouge : la version rouge 4.2

(proposition de Yahiko, alias Olson Wilmer, puis fin de  Morgane Marchand, après les … – Morgane Marchand a continué la version rouge 3.1 )

Le vaisseau des Sourciers s’était posé deux jours plus tôt sur Nova Terra 56, dans une plaine de poussière turquoise, baignée par la lumière aux reflets grenat de l’étoile proche, et barrée au loin par une ligne de sommets dentelés, une chaîne de montagnes sans doute très jeune. Sur certains des pics, une calotte blanche étincelait dans la lueur rose. Des glaciers ?  Difficile de dire à cette distance. En tout cas il y avait de l’eau sur Terra 56. C’était la raison principale de la présence des Sourciers. Les capteurs du vaisseau avaient détecté la signature de l’eau depuis l’espace, dans le spectre lumineux de la planète. D’une manière générale, Terra 56 présentait des conditions quasi idéales pour fonder une nouvelle Terre. Elle était à la même distance de son étoile que la Première Terre de son Soleil. Elle était un peu plus grosse que la Première Terre, la gravité y était donc plus forte, et l’air était plus chargé en dioxyde de carbone, mais rien que des combinaisons adaptées ne puissent compenser. Et il y avait du mouvement à la surface de la planète. Etait-ce des éruptions volcaniques, des vents violents balayant un paysage désert, des pluies ou des orages peut-être ? Ou bien était-ce autre chose, davantage… ? Y avait-il de la vie sur Terra 56 ?

Hateya Somari, la capitaine de l’expédition, une femme âgée tannée par des années d’expéditions spatiales, avait appris à ne plus l’espérer. Depuis des siècles que l’humanité s’était lancée à la conquête du cosmos, on n’avait pas trouvé la moindre trace d’existence extraterrestre, pas même une bactérie. L’homme se résolvait peu à peu à être seul dans l’univers. Et pourtant… Pourtant Hateya avait eu un pressentiment étrange, en apercevant pour la première fois l’horizon de Terra 56  par la baie vitrée de la dunette, ses deux lunes et son jour aux couleurs de crépuscule. L’équipage avait appris à se fier aux intuitions de sa capitaine. Certains murmuraient qu’elle avait des dons chamaniques, hérités de lointains ancêtres sioux, des indiens de la Première Terre. Plus simplement, Hateya avait un bon instinct, aiguisé par des décennies d’observation et d’exploration spatiale. Et cette planète… Aucune exoplanète n’était semblable à une autre, bien sûr, mais Terra 56 avait quelque chose de plus encore. Quelque chose de radicalement différent.

Le lendemain de l’atterrissage, l’équipage avait lancé la première expédition sur le sol, à bord de véhicules tout-terrain, en emportant de l’eau et des rations pour une semaine. Ils étaient partis en équipe réduite, Hateya bien sûr, puis Corey, le mécanicien du bord, un quadra aux cheveux vert vif, aux allures d’éternel adolescent, mais qui était capable de réparer n’importe quelle machine avec quasiment rien  même au milieu d’une tempête de sable. A ceux-là s’ajoutaient deux ingénieurs, Léa et Oslan, deux jumeaux, une biologiste et un géologue, tous deux blonds et pâles, qui vivaient dans leur propre monde et se comprenaient presque sans parole. Et enfin Adrien Sorbier, un prospecteur au service des Compagnies Minières, le consortium privé qui finançait en partie l’expédition.

Au deuxième jour sur Terra 56, le petit groupe arriva au bord d’un ruisseau, à peine un filet d’eau qui serpentait dans la plaine turquoise. La chaîne de montagne s’était quelque peu rapprochée, et en pointant ses jumelles vers elle, Hateya aperçut comme des ombres sur certaines de ses pentes. De la végétation ?  Plus probablement un caprice de la roche… La capitaine balaya l’horizon du regard. Les volutes de poussière masquaient une partie de la plaine. Agenouillés près du ruisseau, microscope en main, Léa et Oslan analysaient la composition de l’eau. Soudain Léa poussa une exclamation.

-Bordel, qu’est-ce que c’est que ça ?

Pourtant, Léa savait très bien de quoi il s’agissait. Oslan avait l’habitude du langage fleuri de sa collègue et sœur, qui sous ses apparences d’ingénue n’hésitait jamais à exprimer le fond de sa pensée. Il en était parfois gêné. Lui, le grand gaillard de l’expédition, faisait presque figure de diplomate à ses côtés. Il s’approcha d’elle puis saisit le microscope à son tour. S’accroupissant, essayant de trouver une position à peu près confortable malgré une combinaison spatiale peu seyante, il approcha le dispositif optique de la visière de son casque. Un éclair de stupeur se forma sur son visage. Il déglutit.

– Ça ressemble à…

Il n’osait pas prononcer le mot. Les échecs passés, les fausses joies et déceptions amères leur avaient enseigné la prudence la plus extrême. Mais quand même.

– Tu vois ce que j’ai vu ?

– Hmmm, il semblerait que ce soit des chaînes d’acides aminés, énonça Oslan sur un ton qui se voulait docte.

Il répondait à Léa autant qu’à lui-même.

– Des chaînes d’acides aminés ?… Tu déconnes ou quoi ? C’est tout ce que tu trouves à dire ?

Sous les yeux incrédules du Sourcier en second, dansaient dans un milieu aqueux cristallin une multitude de colliers de perles, enroulés et enchevêtrés à l’envi. Le spectromètre de masse intégré au microscope affichait en temps réel les caractéristiques des molécules : « groupe méthyle », « azote », « oxygène », « carbone », « fer »…

Il cligna des yeux derrière son casque, qui faisait obstacle à cet instant. Si l’atmosphère avait été respirable, il se serait empressé de le retirer pour coller sa rétine au plus près de l’optique. Pas pour confirmation, juste pour admirer le spectacle. Ces méandres de carbone, telles les boucles d’une chevelure, il les aurait reconnues entre mille. Il se tourna vers les yeux bleus de Léa, hocha la tête et sa jumelle l’imita de façon synchrone.

– De l’hémoglobine, se contenta-t-elle de prononcer.

Oui, il y avait bien de la vie sur Terra 56. Mais ce qui aurait dû les emplir de joie et d’excitation, au contraire, les plongea dans une indicible inquiétude. Le sang qui coulait à l’état de trace dans ce ruisseau, était-il le signe de la vie, ou celui de la mort ?

 

Après de longues secondes durant lesquelles Léa et Oslan se fixèrent dans les yeux, chacun finit par chasser cette sinistre pensée de son esprit. Oslan, le visage d’abord interdit, cligna des paupières plusieurs fois, comme s’il se réveillait d’une transe. Léa frissonna. Une mèche de cheveux échappée à sa cagoule se balança devant son visage à son insu. Son esprit était ailleurs, comme observant la scène de l’extérieur. Devant une telle découverte, après tant d’années d’espérance, de sacrifices, quiconque aurait été saisi de vertiges métaphysiques. Mais il fallait maintenant rationaliser, positiver. Cette exoplanète semblait habitable, de l’eau liquide coulait à sa surface et surtout il existait une forme de vie. Restait à déterminer laquelle.

Hors du champ de vision du frère et de la sœur, à proximité du vaisseau, Corey et Adrien Sorbier, entourés de caisses désordonnées et d’outils en tout genre, s’affairaient autour d’un véhicule monté sur six roues motrices. La gravité plus intense avait déréglé les suspensions et l’atmosphère chargées d’impuretés, grippé les transmissions mécaniques. Des impondérables qui avaient le don d’agacer Sorbier. Surtout parce qu’il était mis à contribution pour les réparations.

– Qu’est-ce qui vous amène sur le terrain ? demanda Corey sur un ton faussement détaché. D’habitude, les minards restent au chaud dans le vaisseau mère… Euh, passez-moi le multimètre, là, à côté de la boite rouge.

Engoncé dans une combinaison qui semblait bien trop grande pour lui, Adrien Sorbier se baissa maladroitement, ramassa un petit boîtier noir et le tendit à Corey. Celui-ci, allongé sous le châssis, inspectait le bon fonctionnement des systèmes de Roxie, le tout-terrain de l’expédition.

– Je ne suis pas un « minard », mais un prospecteur des Compagnies minières, je vous prie ! répondit d’une voix aiguë celui qui venait de donner le multimètre à Corey.

Adrien Sorbier, était un homme relativement chétif, dont la petite taille était inversement proportionnelle à son orgueil.

– Nan, mais c’est trop long. Minard, c’est comme ça que tout le monde vous appelle, vous savez. Faudra vous y faire, lança Corey avec un léger rire moqueur.

Puis, disparaissant sous le véhicule, sans que son interlocuteur ne puisse l’entendre, il marmonna : « Et minus, ça vous irait encore mieux… »

En retrait, Hateya continuait de scruter l’imposante chaîne de montagnes qui tutoyait un ciel aux reflets magenta. De cette masse rocheuse sombre et dentelée, se dessinaient des pics et des creux sculptés par l’érosion. En face, telle une muraille infranchissable de roches métamorphiques en granit, grès et basalte, plus de vingt-trois mille mètres de mystère les toisaient.

La capitaine, derrière ses jumelles électroniques, fronçant ses sourcils fins et soyeux, ajusta le zoom au maximum. La visibilité restait médiocre. Des particules en suspension sans doute. Elle fit la moue. Puis reporta son attention sur les jumeaux qui semblaient en grande discussion.

– Les enfants, avez-vous trouvé quelque chose d’intéressant ? leur demanda-t-elle à travers le microphone de son casque.

Oslan et Léa n’étaient plus des enfants bien sûr, mais les ayant vus grandir, Hateya gardait envers eux l’affection d’une mère.

Un léger grésillement se fit entendre avant de laisser place à une voix masculine :

– En effet Capitaine, quelque chose d’intéressant. Et le mot est faible. Vous devriez venir voir par vous-même.

L’assistance à la locomotion sous la forme d’un exosquelette motorisé intégré à sa combinaison ne suffisait pas à compenser totalement les dures lois de la gravité sur Terra 56. Le long des trente mètres qui la séparaient des jumeaux, Hateya sentait son pouls accélérer. Et même les prémisses d’une goutte de sueur. Juste pour une poignée de mètres songea-t-elle. Une fois à leurs côtés, Hateya regarda à travers le microscope tout en écoutant les explications de la biologiste.

– Ce que vous voyez, c’est de l’hémoglobine, ou plutôt, une molécule très proche de l’hémoglobine humaine.

– Vous voulez dire qu’il y a des êtres humains sur cette planète ? demanda Hateya qui venait de se relever.

– Non, pas nécessairement. On a sans doute à faire ici à une convergence évolutive.

– Et en clair, ça donne quoi ?

– Euh oui, bien sûr. C’est-à-dire que de façon indépendante au cours de son évolution, une forme de vie sur cette planète a mis au point la même molécule, ou presque, que les humains et les mammifères terrestres pour transporter l’oxygène. Compte-tenu des conditions régnant sur cette planète, proche de la Première Terre, ce n’est pas si étonnant que cela.

– C’est un peu comme lorsque deux chercheurs font la même découverte en même temps, sans pour autant avoir connu les travaux de l’autre, ajouta Oslan.

– Je vois… Mais a-t-on une idée de la forme de vie en question ?

– Oslan et moi étions justement en train d’y réfléchir. Il doit s’agir probablement d’un homéotherme… ce qu’on nomme plus communément un être à sang chaud. Mais à part ça, nous n’avons aucune idée de quoi il s’agit. Il nous faut plus de données.

– Plus de données ? Et bien, je ne vois qu’une seule façon d’obtenir plus de données. Nous allons remonter ce cours d’eau. Hateya se retourna. Corey, Sorbier, préparez Roxie, on part tous faire une balade !

À peine eut-elle prononcé ces paroles, qu’un grondement lointain retentit. Puis, de violentes secousses firent trembler le sol. Au loin, des pans entiers de la montagne se détachèrent pour s’effondrer en une nébuleuse de poussière. Sorbier était déjà à terre, Hateya chancela, tandis qu’Oslan et Léa tombèrent l’un sur l’autre.

Un long silence s’installa. Tout juste entendait-on le souffle léger d’un vent venu des plaines. Léa étendue sur le sol, allongée sur le dos. Immobile. Sa poitrine comprimée par le poids d’Oslan qui lui faisait face. Nullement oppressée, elle se sentait étrangement calme. Depuis toujours, le visage diaphane de son frère, ses sourcils platine avaient un effet apaisant sur elle. Quelles que soient les circonstances. Les traits légèrement plus masculins d’Oslan ne pouvaient faire oublier la ressemblance frappante, quasi spéculaire, avec sa sœur. Ils étaient des jumeaux homozygotes après tout, issus du même œuf, que seuls le hasard ou la nécessité avaient séparé. Oslan qui regardait aussi Léa baissa les yeux en premier. Sa respiration devint légèrement plus saccadée. Pourtant, tous les systèmes de sa combinaison fonctionnaient normalement.

Il fallut attendre quelques minutes pour que le tremblement de terre se calme. Tout le monde se hissa alors sur ses jambes. Corey qui était resté sagement sous la carcasse de Roxie pendant les secousses en profita pour revérifier les systèmes. Par chance, le séisme n’avait rien endommagé. De son côté, Hateya, du regard, passa les membres de l’équipe en revue. A priori, aucun blessé.

– Bien. Apparemment tout le monde est en un seul morceau. On aurait cru à un de tes atterrissages en « douceur », Corey. Puis elle se tourna vers Oslan. Toi, le géologue, que penses-tu de ce tremblement de terre ?

– Difficile à dire, mais selon toute vraisemblance, l’épicentre, par chance, se trouvait à bonne distance. Vu les dégâts occasionnés sur la montagne, la magnitude devait largement dépasser les dix sur l’échelle ouverte de Richter. L’activité tectonique de cette planète doit être intense. Peut-être devrions-nous renoncer à cette expédition…

– Hors de question ! s’emporta Sorbier. Le Consortium a investi une fortune sur ce programme d’exploration et cette planète est la plus prometteuse que nous ayons jamais visitée. Nous n’allons pas repartir à peine arrivés.

– Oui, il y a des risques dit Léa. Mais comme toutes les expéditions que nous avons menées jusqu’à présent. On est si proche du but cette fois-ci que ce serait… criminel de rebrousser chemin.

Il y avait presque de la supplication dans la voix de Léa. Mais ce qui étonna davantage Hateya, était le désaccord que la sœur avait avec le frère, eux pourtant toujours du même avis.

Quand vint au tour de Corey de donner son opinion, celui-ci se rangea à l’avis d’Oslan, autant par conviction que pour contrarier Sorbier. Ce qui donnait désormais deux voix pour et deux voix contre. Hateya se donna quelques secondes de réflexion. Ses cheveux blancs flottaient devant son teint métis, oscillant d’un camp à un autre, sans savoir vraiment de quel côté se trouvait la vie et la mort. Repartir et laisser passer peut-être l’unique chance de survie de l’humanité, rien de moins, ou bien rester et périr dans ce monde mystérieux et inamical ? Il fallait choisir. Tous les autres avaient le regard rivé sur elle.

– Vous pouvez retourner au vaisseau, prendre une douche bien chaude, vous endormir et faire de beaux rêves… Vous pouvez. Ou vous pouvez continuer à explorer cette fichue planète avec moi. Réfléchissez bien. Mais retenez ceci. Ceux qui resteront avec moi n’auront plus ce choix. Pas avant d’avoir déniché la forme de vie qui se cache dans ce trou perdu et de déterminer si on peut y fonder une colonie… Hateya marqua une pause et les dévisagea un à un. Que ceux qui me suivent se préparent sans plus attendre.

Léa fut la première à embarquer sur Roxie. Sorbier l’imita aussitôt. Bien que réticent, Oslan se résigna à suivre sa sœur et le prospecteur. Hateya qui s’était déjà glissée sur la banquette avant regarda avec un léger sourire Corey qui se tenait debout comme un piquet, des mèches vertes retombant sur le visage, les mains sur les hanches.

– J’ai toujours rêvé de conduire un tel engin, dit-elle.

– Vous ne croyez pas que je vais vous laisser conduire ma Roxie.

Corey, à peine ces mots prononcés, secoua la tête, vaincu mais acceptant sa défaite, et prit les commandes du tout-terrain.

Même si la capitaine était intérieurement soulagée d’avoir remis ses troupes en ordre de marche, elle n’était pas rassurée par ce qui pouvait les attendre. Un séisme était souvent suivi de répliques, et ce sang…

L’équipage arpentait à présent les méandres du ruisseau. Seul, à l’arrière était assis Sorbier, guindé comme un i, l’expression aride. Devant lui, sur la banquette du milieu, se tenait Oslan et Léa, à bonne distance l’un de l’autre, ce qui était assez inhabituel. La biologiste compulsait une série de schémas affichés sur un terminal informatique intégrés aux dossiers des sièges, tandis que le géologue contemplait le paysage qui défilait sous ses yeux. Devant, Corey conduisait le véhicule en sifflotant, caressant le volant de sa Roxie comme il l’aurait fait avec une femme.

À côté, Hateya, les paupières lourdes, commençait à lutter contre le sommeil. Une telle expédition était épuisante tant physiquement que psychologiquement. Surtout quand on en était responsable. Pour se redonner un coup de fouet, elle inspira profondément et observa les plaines turquoises qui semblaient par endroit se confondre avec le ciel. L’incident du séisme était clos. Tout était rentré dans l’ordre, c’était bien là l’essentiel. Il faisait beau. Au firmament, Esperanza 207-G, une naine rouge de classe M, colorait les stries nuageuses d’un grenat foncé. Comme des griffures sur une peau aux tons violacés.

De part et d’autre des berges s’éparpillaient des monolithes brunâtres aux formes curieuses. Hateya prit les jumelles, regarda, puis les tendit à Oslan.

– Des sculptures ? demanda-t-elle.

– Non, des fossiles… Il faudrait qu’on s’arrête.

Bien qu’enveloppés d’une épaisse gangue rocheuse, il était clair aux yeux du géologue qu’il ne s’agissait pas de l’œuvre de l’érosion. Des sortes de pattes, de têtes ou d’ailes dépassaient par endroits des contours arrondis des monolithes. De quels animaux formidables tout droit sortis des contes et des légendes s’agissait-il ? Mais au lieu de galoper dans les plaines ou de planer dans les cieux, ces victimes d’un drame lointain restaient là, figées, prisonnières du temps et des trois dimensions de l’espace. S’il n’avait pas été entravé par sa combinaison, Oslan, sans hésitation, aurait sauté du véhicule pour examiner ces blocs noirs et poreux. Une attitude que n’aurait pas approuvée Hateya selon toute vraisemblance.

– Négatif, officier en second. Notre mission consiste à rechercher des êtres encore vivants, pas des fossiles morts on ne sait quand.

– Mais…

– Le temps de la négociation est révolu, coupa-t-elle. Nous verrons ça plus tard.

Oslan pour réprimer sa frustration serra des dents et s’appuya bruyamment sur son siège. Peut-être craignait-il qu’il n’y ait pas de « plus tard ».

Roxie s’enfonçait désormais dans un profond canyon aussi rectiligne qu’une nef de cathédrale. Sur un sol meuble, les roues laissaient d’interminables traces parallèles au cours d’eau. Il faisait plus sombre, comme à la tombée de la nuit sur une allée de cimetière abandonné. Pourtant, la journée était loin de toucher à sa fin. Mais les hautes parois de part et d’autre interdisaient le franchissement de l’astre rouge. Au milieu, le ruisseau clair et placide en aval avait laissé place à des eaux vives et écarlates. Le torrent grondait, hurlait.

À une centaine de mètres, une tache blanche se détachait de la ligne d’horizon. Un peu plus près, gisant, une moitié sur le sol et l’autre dans la rivière, du sang coulait abondamment de cette chose blanchâtre et gélatineuse. Elle souffrait. Hateya le ressentait mais sans pouvoir vraiment l’expliquer. D’instinct, son l’estomac se noua, sa gorge devint sèche, et des frissons parcoururent son échine. Ce n’était pourtant en rien semblable à toutes les formes de vie connue. Mais il fallait croire que l’empathie, renforcée par ses origines chamanes, dépassait et transcendait la barrière des espèces, aussi étrangères fussent-elles. Chacun s’était tu. Corey ne sifflait plus. Puis, d’un geste autoritaire de la main, Hateya lui demanda d’arrêter Roxie. Il s’exécuta sans broncher. Tant de pensées se bousculaient dans sa tête d’éternel adolescent qu’il était incapable de la moindre objection. Un rêve de gosse se produisait sous ses yeux. La capitaine descendit alors lentement du véhicule. Son pistolet était bien accroché à sa ceinture, mais ne semblait nullement prête à s’en servir. Elle s’approcha de la créature, pas à pas.

– Corey  ! Qu’est-ce que tu fous ? hurla Léa. Mais t’aurais pu empêcher la Capitaine de descendre ! On ne sait pas, cette chose peut être dangereuse… Elle n’en croyait pas ses yeux. Autant par cette découverte stupéfiante que par le manquement insensé de sa supérieure aux règles les plus élémentaires de sécurité.

– On va bientôt le savoir… répondit Corey.

La masse visqueuse et confuse ondulait à intervalles réguliers dans une forme de respiration. Et le sang continuait de se déverser à flots dans le cours impétueux du ruisseau. À mesure qu’Hateya se rapprochait, la créature s’enveloppait d’une fine brume jaunâtre. De plus, même à travers son épaisse combinaison, la capitaine ressentait de puissantes vibrations. Un vrombissement profond, grave, se prolongeant dans les infrasons.

– Tout doux, mon ami… Je ne te veux aucun mal…

Puis elle se mit à réciter les vers d’un poème perdu :

« Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,

Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,

Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,

Ni nager sous les yeux horribles des pontons. »

Tout en modulant sa voix de façon à la rendre la plus apaisante possible, Hateya parvint à portée de la créature. Elle s’agenouilla et approcha une main. La mélopée plaintive de la bête s’interrompit au moment même où les doigts gantés caressèrent la surface caoutchouteuse. La capitaine appuya alors son casque sur le côté comme pour en écouter les murmures. La brume jaune se résorba, et le vrombissement devint un soupir. À l’aide de la paume de sa main, Hateya inspecta lentement les plis et les replis, puis se retrouva vite maculée de rouge. Comme si chaque parcelle de la créature se vidait de son sang.

La masse gélatineuse frissonna sous les doigts d’Hateya. Des petits nuages de brumes bleues se formèrent autour de son corps et puis celui-ci s’immobilisa.

— Non ! s’écria la capitaine

Elle  palpa frénétiquement la chose à la recherche, de quoi ? Un frémissement ? Elle tendit la main vers ses collègues qui s’étaient approchés.

— Corey ! Apporte-moi le pack de soin, vite !

— Ça ne sert à rien, Capitaine. Il est mort.

— Mais il faut l’aider ! Léa, tu es biologiste, tu dois faire quelque chose !

— Bordel Capitaine, reprenez-vous ! Vous ne pouvez-pas violer toutes les règles de sécurité comme ça. Pour autant que nous le sachions c’est peut-être vous qui l’avez fait clamser à le toucher.

Oslan donna un coup de coude à sa sœur, auquel celle-ci répondit par un haussement d’épaule grognon. Hateya balaya ses compagnons du regard, cherchant un signe de soutien mais ne découvrit que des regards contrits. Elle abaissa son regard sur l’être auprès duquel elle était agenouillée. Ses rêves d’enfant se réalisaient de bien cruelle manière. Sa gorge la brûlait. Au moins la créature ne souffrait-elle plus. La capitaine se releva et porta son regard vers l’amont de la source. A un kilomètre à peine, elle jaillissait de la paroi d’une falaise blanche, striée de veines bleues. Des éboulis plus à l’ouest formaient une pente douce qui semblait ménager un accès au haut du relief. Lorsqu’Hateya estima être capable de prendre la parole, elle se retourna vers ses compagnons.

— Léa et Oslan, montez le laboratoire et analysez cette créature. Avec les autres, nous allons essayer d’atteindre le haut de la falaise pour observer l’émergence de la source.

— Nous ne devrions pas nous séparer… commença Léa.

— C’est un ordre ! Nous restons en contact radio, appel de contrôle toutes les dix minutes. Nous ferons demi-tour au bout d’une heure.

La femme âgée passa entre ses compagnons en regardant droit devant elle, et monta dans leur véhicule, se maudissant intérieurement. Il fallait qu’elle s’éloigne de la créature morte au plus vite, ou elle allait craquer devant ses subordonnés.

Corey échangea un regard avec les jumeaux, et reprit sans rien ajouter sa place au volant de Roxie. Hateya allait renouveler son ordre à l’attention de Sorbier, lorsque le petit homme se décida à les rejoindre. Elle lui jeta un regard mauvais et fut surprise de découvrir que lui aussi détournait la tête pour cacher ses larmes. Pour la première fois depuis qu’il avait posé les pieds le vaisseau, Hateya éprouva pour le représentant des Compagnies minières un fugitif élan de sympathie.


A bord de Roxie, Hateya se taisait, malgré les efforts méritoires de Corey pour la sortir de son marasme en enchaînant les anecdotes sur ses précédentes missions. Sorbier répondait par diverses monosyllabes et grognements, montrant tout l’intérêt qu’il portait aux « servomoteurs encrassés comme pas deux », aux « courroies usées jusqu’à être fines comme du papier t’y croirais pas » ou aux « voyants qui se prennent pour de la déco de noël ». La capitaine en était légèrement attristée pour le mécanicien, mais elle ne se sentait pas d’humeur à faire mieux.

Ils venaient de gravir avec forces embardées l’éboulis menant au plateau supérieur, lorsque la voix d’Oslan se fit entendre dans la radio.

— Capitaine. Il est possible que la zone que vous atteignez soit de type pseudo karstique. Il serait indiqué que vous fassiez preuve de prudence.

— Sois plus précis, Oslan. Tu dis qu’il y a un réseau de rivières souterraines, c’est bien cela ?

— En effet, Capitaine. De plus, la forte teneur en CO2 peut favoriser la formation rapide de dolines.

La voix de Léa interrompit celle de son frère.

— En clair, ça veut dire faites demi-tour bande d’abrutis ! Vous roulez sur une passoire !

La fin de son avertissement se perdit dans les jurons de Corey, alors que le sol se dérobait sous les roues de Roxie. Le casque d’Hateya percuta violement le tableau de bord du tout-terrain. Elle porta la main à sa tête mais ne put que laisser une trace de sang sur sa visière, ses mains étant toujours rouges de sa rencontre avec la créature extra-terrestre. La capitaine leva les yeux. A une dizaines de mètres au-dessus d’eux, l’ouverture de la grotte souterraine dans laquelle ils étaient tombés était parfaitement circulaire. Dans quoi avait-elle entraîné ses compagnons ? Corey lui posa une main sur l’épaule.

— Rien de cassé, Capitaine ?

Comme elle répondait par une dénégation, le mécanicien se tourna vers Sorbier.

— Et vous le minard ? Qu’est-ce qui vous fait gémir comme ça ?

— J’ai le bras cassé, enfoiré ! Et je ne suis pas un minard !

— Eh là, répondit Corey en s’approchant du prospecteur. Personne ne vous a jamais dit qu’il était plus sage de rester poli avec plus grand que soi ?

D’un geste, il saisit l’épaule de Sorbier et tira un coup sec pour la remettre en place. Le petit homme hurla.

— Et bah voilà. C’était juste démis. Pas la peine d’en faire tout un foin.

— Corey, intervint Hateya pour séparer les deux hommes. Est-ce que la radio parvient toujours à entrer en contact avec Léa et Oslan ?

Le mécanicien revint auprès des instruments et lança plusieurs appels, le pianotement de ses doigts rythmant le balayage des fréquences. Seuls des grésillements lui répondirent. Après un silence, Corey se retourna vers Hateya, avec une grimace interrogatrice.

— Léa et Oslan viendront à notre rencontre lorsqu’ils s’apercevront que la communication ne se rétablit pas, dit-elle. Ils disposent dans le laboratoire portable des équipements pour nous sortir de là. Mais à pieds, ils en ont pour plusieurs heures, pour nous rejoindre.

— Si la voie des airs nous est interdite, remarqua le mécano, pourquoi ne pas emprunter celle des taupes ? Rester coincé dans ce trou sans rien faire ne me tente pas, Capitaine. Je ne suis pas spéléologue, mais il y a peut-être d’autres sorties que celle qu’emprunte la rivière. Et puis, ça plaira à notre grand prospecteur des Compagnies minière de passer le temps en faisant un peu d’exploration. Pas vrai, Poirier ?

Comme il ne recevait aucune réponse, Corey se retourna et découvrit le petit homme figé à quelques mètres du véhicule, le regard fixé sur l’entrée d’une galerie à moitié comblée par l’éboulement. Les deux Sourciers s’approchèrent de l’homme immobile et Hateya sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine. Une masse gélatineuse blanchâtre se mouvait en haut des gravats.

Dans la semi-obscurité où ils se trouvaient, la créature était légèrement lumineuse. La chose se mit à couler vers eux, Hateya ne trouva pas d’autre mot. Le plus gros resta attaché en haut tandis qu’une partie glissait au bas des gravats en s’étirant de plus en plus. Le milieu de la créature s’affina et Sorbier poussa un cri lorsqu’elle se sépara en deux. Les trois explorateurs demeuraient immobiles, absorbés par le spectacle, alors que la masse gélatineuse demeurée au haut des gravats recommençait à s’allonger et à couler vers eux. La créature – ou le membre ? – descendue en premier se mit à ramper dans leur direction.

Hateya ne put s’empêcher de faire quelques pas à sa rencontre avant de se reprendre en voyant Corey reculer. Elle avait déjà suffisamment enfreint le protocole aujourd’hui. Deux des personnes qu’elle avait sous ses ordres étaient bloquées dans une galerie souterraine, les deux autres privées de moyen de transport et de réserve de nourriture. Tout ça parce qu’elle avait perdu les pédales face à une gelée sanglante. D’un autre côté, elle n’arrivait pas à se convaincre que la créature, ou les créatures, avec laquelle elle avait partagé un tel moment d’empathie quelques heures auparavant puissent représenter un danger.

Plusieurs autres entités avaient coulé des gravats à présent, et toutes convergeaient vers la Capitaine. Hateya hésita à reculer. Pour aller où ? Elle inspira profondément, puis s’agenouilla et tendit la main. Dans son dos, Corey étouffa un hoquet.

— Capitaine, souffla-t-il dans un murmure. Le sang sur vos mains !

Pour la première fois, la peur serra la gorge d’Hateya. Et s’ils allaient la prendre pour la meurtrière de l’un des leurs ? Elle se força à rester immobile malgré les protestations de plus en plus audibles du mécanicien, et à respirer calmement. Elle n’avait pas le choix de toute façon, les masses gélatineuses l’avaient clairement prise pour objectif. Sa seule option était d’arriver à leur transmettre sa compassion comme elle l’avait fait avec le mourant. La première créature lui toucha le bout des doigts et se mit à vibrer. Elle émit une brume colorée ou se mêlait le jaune et le bleu. La capitaine récita à mi-voix les paroles du poème comme elle l’avait fait à la surface. La gelée vibra de plus belle avant de s’apaiser dans un nuage uniformément bleu. Une sensation de chaleur emplit Hateya et des larmes de joie embuèrent ses yeux.

— Putain, foutez le camp sales bêtes !

Hateya se retourna en sursautant. Corey se précipitait vers le tout-terrain que des créatures blanches avaient entrepris d’escalader. Avant que la capitaine ait pu prononcer un son, le mécanicien prit un sac de gelée à pleine mains et le jeta à terre. Celui-ci s’écrasa en une gerbe de fumée jaune.

— Corey, non !

— Laissez Roxie tranquille ! Si vous croyez que je vais vous regarder sans rien faire !

Il en arracha un autre du pare-brise du véhicule et lui donna un coup de pied. La botte de sa combinaison s’enfonça sans résistance mais il fut incapable de la retirer.

— Bordel, c’est quoi ça ?

La créature s’étendit le long de sa combinaison, recouvrant peu à peu sa jambe entière. En secouant son pied, le mécanicien heurta une autre des créatures qui s’étaient mises à converger vers lui. Celle-ci fusionna avec la première et la gangue gélatineuse qui l’enserrait s’étendit sur son torse.

— Elles me bouffent !

Hateya lui saisit la main.

— Calme-toi ! Respire, montre leur que tu n’es pas un ennemi !

Corey se tourna vers Hateya, les yeux fous et essaya de calquer sa respiration haletante sur la sienne. Il gémit et ferma les yeux. Une larme perla sur sa joue. Hateya sentait sa main trembler dans la sienne. Elle répétait comme une prière les paroles du poème. Cette fois cependant, cela ne semblait avoir aucun effet sur les créatures, aucune chaleur, aucun nuage bleu, aucune paix. Un ralentissement peut-être ? Hateya concentra avec ferveur toute son attention sur une zone de la créature, près de la hanche du mécanicien, qui lui semblait hésiter. Elle ne maîtrisait plus sa voix, de plus en plus rapide et stridente. Corey rouvrit les yeux alors qu’une extension blanche commençait à arpenter la visière de son casque. Il s’arracha à la prise de la capitaine en poussant un cri, réussit à faire quelques pas avant de trébucher et de tomber lourdement sur le sol. Il tenta de se relever mais sa jambe droite semblait collée au sol.

  • Capitaine ! Aidez-moi !

Hateya se précipita sur la main qu’il lui tendait et le tira de toutes ses forces sans parvenir à le faire bouger. D’autres créatures aux reflets jaunes continuaient d’approcher et de fusionner, engluant la seconde jambe du mécanicien. Sorbier apparut auprès d’eux, une corde en main, qu’il tendit à Corey avant de se figer, les yeux exorbités. La Capitaine suivit son regard et se recula d’un bond. Au sol, le mécano se contorsionna furieusement pour parvenir à regarder en arrière et se mis à hurler. La coque blanche qui moulait ses jambes quelques instants auparavant redevenait molle et informe au niveau de ses pieds. Hateya lâcha la corde et s’élança vers lui mais fut interceptée par Sorbier qui la ceintura à la taille.

— Lâchez-moi, je peux les calmer !

— Vous n’en savez rien. Elles attaquent, elles sont jaunes ! Ne les touchez pas !

Le mécanicien agrippa la barre d’accès du tout-terrain et essaya de se tirer vers lui, secouant des moignons de plus en plus courts.

— Capitaine ! Ne me laissez pas ! Par pitié, Hateya !

La femme se débâtit de plus belle mais le prospecteur l’entraîna plus loin de Corey. Elle voyait encore ses yeux, le vert de ses cheveux. Elle pouvait. Elle devait. Elle donna un violent coup de talon dans le tibia de Sorbier qui cria sans qu’elle ne réussisse à se dégager. Corey lâcha le tout-terrain d’une main pour essayer de dégager sa visière mais ne réussit qu’à accélérer son recouvrement. Soudain, la bulle blanchâtre autour du casque du mécanicien s’effondra sur elle-même et les cris du mécanicien cessèrent. Hateya arrêta de lutter contre Sorbier. Devant eux, les ondoiements du regroupement de créatures agitaient des morceaux de membres dont la forme était encore reconnaissable.

Seule la main accrochée à la portière du tout-terrain dépassait encore de la gelée blanchâtre, serrant toujours la barre d’acier. Ce ne fut que lorsque le linceul vivant atteignit le poignet que les doigts se desserrèrent et glissèrent le long de la carrosserie avant de disparaître eux aussi.

La masse ondulante s’apaisa. Elle cessa d’émettre sa brume colorée et se mit à ramper vers l’entrée d’une galerie. Sorbier relâcha Hateya qui tomba à genoux.

— J’aurai pu les calmer. Elles me comprennent. J’aurai pu le sauver.

Le prospecteur ne prit pas la peine de répondre et monta à l’avant de Roxie, la Roxie de Corey, et se mit à lancer des appels de détresse.

 

Hateya et Sorbier se relayèrent auprès de la radio. Jusqu’à présent leurs messages restaient sans réponses, que ce soit en direction des deux scientifiques ou du vaisseau resté en orbite. Il n’était plus question d’explorer les galeries. A leurs entrées, quelques masses blanchâtres demeuraient visibles, comme si elles les surveillaient. Hateya avait essayé de s’approcher, contre l’avis de Sorbier, mais elles s’étaient reculées dans l’obscurité. Les deux humains restaient donc dans leur véhicule. Où étaient Léa et Oslan ? Cela faisait déjà plusieurs heures que le tout-terrain était tombé dans le piège de la doline et la nuit était en train de tomber. Hateya n’arrivait plus à se souvenir de la quantité d’oxygène de réserve dont disposait le laboratoire portatif. Elle avait froid tout d’un coup.

— Capitaine.

La voix de Sorbier la tira de sa somnolence et elle mit quelques instants avant de se souvenir de l’endroit où elle était. Il faisait très sombre à présent, seules les veilleuses du tableau de bord diffusaient leur lumière rougeâtre dans l’habitacle du tout-terrain. Elle se tourna vers le prospecteur qui lui indiqua le fond de la grotte d’un signe de menton. Les gelées blanches sortaient des galeries. Hateya n’eut soudain plus du tout sommeil. Les deux humains contemplèrent sans bouger la lente reptation des créatures lumineuses. Parfaitement blanches. Elles se réunirent à quelques mètres du véhicule, sans s’approcher d’avantage, et se fondirent les unes dans les autres. L’amas devenu unique sembla grandir et se solidifier. Des pointes poussaient puis se résorbaient, l’ensemble s’affinant et se modelant peu à peu, comme sous les mains d’un sculpteur hésitant. Hateya se leva, le cœur battant. Ses mains tremblaient. Il n’y avait plus aucun doute à présent. L’amas gélatineux devant eux avait pris la forme du corps nu de Corey. Qui tourna la tête pour la regarder droit dans les yeux.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Orson Wilmer dit :

    Superbe embranchement ! J’aime beaucoup comment tu as fait interagir le tiro Hateya-Corey-Sorbier et l’idée qu’ils se fassent attaquer par les créatures dans des galeries souterraines. Bien vu pour la signification de la couleur jaune au passage. Ca fait vraiment plaisir de voir des éléments d’intrigue développés selon un autre angle, comme le poème. La fin quant à elle, qui tombe comme un couperet et digne des films d’horreur. Merci pour cette suite Morgane.

    Aimé par 1 personne

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